En plein examen du budget de l'État pour 2010, qui enregistre un déficit record, quand le financement de la sécurité sociale est traitée avec une négligence coupable, quand le gouvernement met la dernière touche au projet de loi prévoyant la privatisation de la poste, quand les banquiers se gavent et que le chômage atteint presque 4 millions de personnes, quand le stress et les méthodes de direction poussent des salariés au suicide, quand 8 millions de personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté, quand la réforme des collectivité territoriales menace des décennies de politiques de décentralisation, voilà qu’on brandit à nouveau l’étendard du populisme, de la discrimination et de l’ignorance, « l’identité nationale ». Si c’est une tactique de diversion, elle est grossière.
Le gouvernement, à court d’arguments pour justifier sa politique, nous ressert les vieux plats de la honte et de l’étroitesse d’esprit ! Il ne faut pas se « bunckériser » disait Sarkozy, il faut pratiquer une « politique d’ouverture », susciter le débat : pour mesurer, soupeser, quantifier l’identité, l’histoire de tous ceux qui peuplent notre pays ? Et pour quoi faire ? Pour la décortiquer en petits bouts et faire des cases bien calibrées?
Et plus sérieusement, l’identité nationale s’opposerait-elle à la République ? Quand le Président viole chaque jour la Constitution, lui arrive-t-il de se souvenir de la maxime révolutionnaire gravée au fronton des mairies ? Obliger les enseignants à lire la lettre de Guy Moquet en dehors de tout contexte pédagogique permet-il d’effacer la volonté pas si lointaine de valoriser les bienfaits de la colonisation, ou encore la négation du programme national de la Résistance que Sarkozy s’acharne à démolir ? Un peuple qui oublie son histoire est un peuple qui meurt.
Quand nous commémorons aux accents du Chant des partisans, cela fait-il partie de l’identité nationale du Président et de ses fidèles zélés ? Quand les instituteurs se mobilisent pour empêcher les départs forcés de leurs élèves, expulsés du territoire national, cela fait-il partie de la conception de l’identité nationale de Sarkozy et consorts ? Le droit du sol peu à peu remplacé par le droit su sang, est-ce cela leur identité nationale ? La justice sociale, les principes de solidarité, le partage des richesses font-ils partie de leur identité, de leur Histoire nationale ?
Quelle identité, quelle histoire, quelle culture quand les budgets de la recherche, de la création, de l’éducation, de la culture en général sont rongés comme peau de chagrin ? Mettre au pas les régions et les départements, criminaliser la lutte syndicale, s’attaquer aux formes de contre-pouvoirs, ou à l'équilibre des pouvoirs si cher à Montesquieu (et lui, fait-il partie de leur Identité nationale ? ), est-ce l’avenir de notre identité nationale ?
Au XIX° siècle Ernest Renan, définissait l'identité nationale comme la capacité du vivre ensemble. Détruire les services publics, laisser s’emballer le chômage et favoriser les plus riches, pratiquer une politique de casse sociale, du classe contre classe, est-ce le meilleur moyen pour favoriser la discussion sur l’identité commune des citoyens de la République française et de tous ceux à qui l’on n’accorde pas ce droit fondamental ? Et ceux qui nous parlent aujourd'hui d'une identité nationale, aux contours si étriqués, ont-ils oublié qu'ils portaient au pinacle, il y a peu de temps, le concept de citoyen européen. Quelle logique dans tout cela?
Si le gouvernement s’entête dans cette voie, nous lui répondrons par la voix du poète, Jean Ferrat, celui qui chantait :
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
A vos réflexions !